Les fonds spéciaux
   
   

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Les "fonds spéciaux"

Actualité

La technique des " fonds spéciaux " ou " fonds secrets " constitue une exception à la règle de la spécialité des crédits, qui veut que les crédits ouverts par la loi de finances ne soient pas ouverts en bloc, mais soient affectés à une catégorie de dépenses déterminée.

La règle de la spécialité des crédits est énoncée à l’article 7 de l’ordonnance du 2 janvier 1959 :

" Les crédits ouverts par les lois de finances sont mis à la disposition des ministres pour les dépenses ordinaires, les dépenses en capital et les prêts et avances.
Ils sont affectés à un service ou à un ensemble de services. Ils sont spécialisés par chapitre groupant les dépenses selon leur nature ou selon leur destination. Toutefois, certains chapitres peuvent comporter des crédits globaux destinés à faire face à des dépenses éventuelles ou à des dépenses accidentelles.
Des crédits globaux peuvent également être ouverts pour des dépenses dont la répartition par chapitre ne peut être déterminée au moment où ils sont votés. L’application de ces crédits au chapitre qu’ils concernent est ensuite réalisée par arrêté du ministre des finances ".

Il faut préciser que la nouvelle loi organique relative aux lois de finances du 1er août 2001 prévoit que l’autorisation budgétaire donnée par le Parlement reposera, désormais, sur une nouvelle unité de spécialité : le programme, regroupant les crédits par objectif. Les programmes constituent la clé de voûte de la réforme : ils permettront de passer d’un budget de moyens, présentant les crédits par nature de dépenses, à une logique d’objectifs et de résultats.

Les " fonds spéciaux " constituent une atteinte à la règle de la spécialité des crédits qui relève plus de la tradition que du droit budgétaire. En effet, cette technique de globalisation fonctionnelle des crédits n’est pas prévue par l’ordonnance de 1959. Cependant, l'attribution de ces crédits au budget de la "présidence du gouvernement", c'est à dire au Premier ministre, résulte de la loi n° 46-854 du 27 avril 1946. Le Premier ministre dispose librement de ces crédits et joue à la fois le rôle d'ordonnateur et de comptable (cette pratique méconnait ainsi les règles de la comptabilité publique). Les membres du Gouvernement intéressés doivent justifier de l'utilisation des fonds devant le Premier ministre, qui leur donne quitus par décret. Le Premier ministre doit informer le Président de la République de l'usage qui a été fait des " fonds spéciaux ".

Les " fonds spéciaux " se divisent en deux catégories : les fonds spéciaux du Gouvernement et les fonds spéciaux à destination particulière.

  • Les fonds spéciaux du Gouvernement :

Ils sont utilisés librement par le Premier ministre et leur affectation ne fait pas l’objet de débats au Parlement. Ils sont destinés aux besoins courants de l’action ministérielle : recrutement de personnel supplémentaire pour les cabinets ministériels, soutien à la presse favorable à la politique gouvernementale, financement de certaines associations ou encore frais vestimentaires des ministres…

  • Les fonds spéciaux à destination particulière :

Ils sont destinés à des actions qui par nature ne peuvent être précisées : financement de certaines dépenses des services secrets (Direction Générale de la Sécurité Intérieure – DGSE), par exemple.

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Actualité

Suite à l’intervention télévisée du Président de la République (14 juillet 2001), le Premier ministre Lionel Jospin avait rendu publique la répartition réelle des "fonds spéciaux" en 2001.
De plus, il avait demandé au premier président de la Cour des Comptes un rapport sur "un réexamen d'ensemble" des fonds spéciaux. Ce rapport lui a été remis le 19 octobre 2001 par le premier président de la Cour des comptes François Logerot. Ses propositions ont été "reprises" sous la forme de deux amendements au projet de loi de finances pour 2002 présentés par Florence Parly, secrétaire d'Etat au Budget.
Seuls les crédits alloués aux services de renseignement (DST, DGSE) resteront soumis au régime ancien des fonds spéciaux. Ils doivent toutefois être soumis au contrôle d'une commission, composée de deux députés et deux sénateurs désignés par les présidents des deux assemblées, ainsi que deux membres de la Cour des comptes désignés pour cinq ans.
Quant aux indemnités allouées aux membres des cabinets ministériels..., elles doivent désormais être versées par virement et donner lieu à une fiche de paie. Elles sont soumises aux contributions sociales et à l'impôt sur le revenu.
Pour compenser la "perte" de revenu des ministres, le Gouvernement Raffarin a opté pour une augmentation de 70% du traitement de ces derniers, hausse qui a été ratifiée début août par la loi de finances rectificative pour 2002.

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Répartition des "fonds spéciaux" en 2001 :
(Source : http://www.premier-ministre.gouv.fr)

" […] En 2001, le montant total des fonds spéciaux s’élève à 393 MF. Ils sont votés par le Parlement. Ils font l’objet de versements par douzième mensuel selon la répartition globale et annuelle suivante :

1 / 234 MF pour la DGSE affectés au fonctionnement normal de ce service. Cette somme peut être abondée par des décrets de dépenses accidentelles motivés par des opérations particulières.

2/ 24 MF pour l’Elysée dont le fonctionnement est également assuré par un crédit de
64 MF figurant au titre II du budget de l’Etat (Pouvoirs Publics) et qui est en outre abondé chaque année par décret de dépenses accidentelles (50,5 MF en 2001).

3 / Près de 2 MF pour le Ministère des Affaires Etrangères.

4 / 133 MF pour Matignon répartis de la façon suivante :

36 MF affectés au fonctionnement de l’hôtel de Matignon, aux manifestations et aux frais de représentation (au budget des services du Premier Ministre ne figure qu’une ligne budgétaire symbolique de 52 000 francs pour les frais de représentation). Le fonctionnement du Cabinet du Premier Ministre est également assuré par un crédit de l’ordre de 22,5 MF figurant au budget général des services du Premier Ministre.

24 MF affectés aux rémunérations complémentaires des membres du cabinet et de l’ensemble des personnels des services du Premier Ministre travaillant en relation avec le cabinet (soit plus de 600 personnes), ainsi qu’aux dépenses liées à la sécurité du Premier Ministre.

52 MF attribués à l’ensemble des ministères pour les rémunérations complémentaires et pour les frais de fonctionnement exceptionnels (Soit en moyenne 131 000 francs mensuels pour chacun des 33 ministres et secrétaires d’Etat).

12 MF affectés à des actions humanitaires ou en faveur des droits de l’homme.

Enfin les autres services de renseignement et de sécurité peuvent avoir accès, en tant que de besoin, aux fonds spéciaux gérés par Matignon.

Au terme de ces opérations, l’année 2001 devrait voir apparaître un solde positif de 9 MF.

L’essentiel de ces opérations sont effectuées par virement bancaire ou par chèque à partir de comptes à la Paierie Générale du Trésor et à la Banque de France. Seuls les 24 MF et les 52 MF sont versés en espèces (soit 20 % des fonds spéciaux).

Depuis 1997, le montant total des fonds spéciaux est resté stable. Toutefois la part affectée à le DGSE a sensiblement augmenté en 2001 passant de 197 MF à 234 MF aux dépens de la part gérée par Matignon. Au cours des trois exercices antérieurs, cette part a contribué à alimenter de façon sensible les autres services de renseignement et de sécurité - DST, DRM, DPSD et tout particulièrement la modernisation du GIC.

Il n’y a pas eu d’autres utilisations de ces fonds depuis 1997.

Le solde actuel des comptes des fonds spéciaux attribués depuis 1997 au gouvernement de Lionel Jospin est aujourd’hui d’environ 102 MF. Ainsi que l’a indiqué le Premier Ministre, le solde qui sera constaté à la fin de la législature sera reversé au budget de l’Etat.

Le Premier Ministre rappelle par ailleurs qu’il a demandé à M. Logerot, Premier Président de la Cour des Comptes, des propositions de réforme concernant les fonds spéciaux ".

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Propositions de lois (2001) :

La pratique des fonds spéciaux fait l’objet de vives critiques à l’heure actuelle. Une proposition de loi tendant à leur suppression (à l’exception des " crédits pour dépenses extraordinaires nécessaires à la sécurité intérieure et extérieure de l'Etat ") a été enregistrée à la Présidence de l’Assemblée nationale le 16 juillet 2001.

PROPOSITION DE LOI N° 3245
relative à la transparence du fonctionnement des pouvoirs publics
et portant suppression des fonds spéciaux

Une autre proposition de loi tendant à supprimer les fonds spéciaux tels que définis à l'article 42 de la loi n° 46-854 du 27 avril 1946 a été enregistrée à la Présidence de l'Assemblée nationale le 16 juillet 2001.

PROPOSITION DE LOI N° 3238
tendant à supprimer les fonds spéciaux
tels que définis à l'article 42 de la loi n° 46-854 du 27 avril 1946


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