| La Cour
des comptes européenne est une institution souvent
occultée par les finances publiques ; et pourtant
elle représente les intérêts financiers
des Communautés. Une contribution était, donc,
nécessaire pour permettre d'avoir un éclairage
sur cette institution, certainement de plus en plus sollicitée
avec l'élargissement de l'Union. C'est ainsi que
trois étudiants de licence de droit de la Faculté
de droit de Saint-Etienne ont brillamment rédigé
cette étude dans un langage clair soutenue par un
plan conçu dans une logique imparable. Ils ont aussi
joint un organigramme pour mieux comprendre le mécanisme
de contrôle de la Cour. Financespubliques.com les
remercie et les félicite.
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LA
COUR DES COMPTES EUROPEENNE
Par Marie-Hélène CASTRIGNANO, Christine CHAOUAT
et Marie-Pierre COLOMBANT
Licence en droit, Faculté de droit de Saint-Etienne
de l'Université Jean Monnet
Instituée
par le Traité de BRUXELLES du 22 juillet 1975, la
Cour des comptes est entrée en fonction en octobre
1977 et siège à LUXEMBOURG.
Précédemment le contrôle externe était
exercé par une commission de contrôle (pour
le budget général) et par un commissaire (pour
le budget de la communauté européenne du charbon
et de l'acier, la CECA).
- Mais l'élargissement des pouvoirs du Parlement
européen en matière de contrôle budgétaire
(le Parlement européen est en effet devenu l'autorité
compétente pour donner décharge à la
Commission sur l'exécution du budget dont elle est
responsable).
- Le financement intégral du budget de l'Union Européenne
par des ressources propres à partir des droits de
douanes, prélèvements agricoles, TVA, puis
une ressource calculée sur la base de PNB (produit
national brut) de chaque état membre. Sont 2 éléments
qui ont nécessité :
- L'existence d'un budget propre à l'Union Européenne
distinct de ceux des Etats membres ;
- Qu'une autonomie de gestion soit accordée aux Institutions
européennes.
Ainsi, il était devenu impératif de procéder
à un changement qualitatif du contrôle du budget,
la création d'un organisme disposant de moyens appropriés
s'imposait. Tout démarra sous l'impulsion du Président
de la commission du contrôle budgétaire du
Parlement européen M. AIGNER qui avait dès
1973 œuvré pour un organe de contrôle
au niveau communautaire.
Avec, l'entrée en vigueur du Traité de MAASTRICH
en 1992, dont les objectifs étaient, de relancer
la construction européenne, d'achever le marché
intérieur, et mettre en place une monnaie unique,
une réforme des Institutions était nécessaire
: la cour des comptes a donc été élevée
au rang d'institution européenne le 1er octobre 1993.
Aujourd'hui, c'est donc une institution indépendante
qui contrôle la gestion financière de l'Union
Européenne, de ses institutions (Commission européenne,
Parlement européen, Conseil de l'Union européenne,
Cour de justice, Banque européenne d'investissement)
de ses organes (agences, fondations, instituts, observatoires…)
et des bénéficiaires des aides européennes.
La Cour des comptes permet donc à l'Union Européenne
d'avoir un organe de contrôle externe et distinct
des responsables de la gestion financière au sein
même des Institutions.
Avant d'aborder les missions et activités de la Cour,
il convient d'en présenter sa structure.
I.
- LA STRUCTURE DE LA COUR DES COMPTES
A.-
LES MEMBRES
a)
- La composition
-
La Cour des comptes européenne est composée
d'un membre par Etat membre de l'Union Européenne,
soit 15 membres. Le conseil Européen de BRUXELLES
a confirmé ce principe et a décidé
que le nombre augmenterait en fonction des futures adhésions
de l'Union Européenne.
Le Traité de Nice a confirmé également
ce principe ainsi la Cour des comptes est composée
d'un national de chaque Etat membre.
- Les membres sont choisis parmi des personnalités
appartenant ou ayant appartenu dans leurs pays respectifs
aux institutions de contrôle externe ou possédant
une qualification particulière pour cette fonction.
Ils sont nommés pour 6 ans renouvelables par le conseil
de l'Union européenne statuant à l'unanimité
après consultation du parlement.
Le Traité de Nice impose la nomination à la
majorité qualifiée, permettant d'adopter une
liste de membres établie conformément aux
propositions faites par chaque Etat membre.
En dehors des renouvellements réguliers et décès,
les fonctions prennent fin individuellement par démission
volontaire ou d'office (déclarée par la Cour
de justice). L'intéressé est alors remplacé
pour la durée du mandat restant à courir (sauf
cas de démission d'office), il reste en fonction
jusqu'à ce qu'il soit pourvu à son remplacement.
b)
- Le Président
-
Les membres réunis en collège élisent
parmi eux le Président, il est élu pour 3
ans renouvelables. L'actuel Président est M. Fabra
VALLES, il est en place depuis le 16/01/2002.
Son rôle est de veiller au bon fonctionnement des
services et au bon déroulement de l'activité
de la Cour.
Il représente cette dernière à l'extérieur
en particulier dans ses rapports avec les autres Institutions
européennes et les Cours des comptes nationales.
Le Président propose à la Cour d'affecter
chacun des membres à un groupe d'audits. Il a une
voix prépondérante en cas d'égalité.
Il fixe l'ordre du jour de chaque séance, et a l'appréciation
du caractère confidentiel des sujets à traiter
en séance restreinte qui appartient au Président.
B.
LE STATUT DES MEMBRES
-
Il est inspiré de celui des juges de la Cour de justice.
Le statut vise à assurer la totale indépendance
de ses membres et obéit à un règlement
intérieur.
a)
- L'indépendance
Ils
exercent leur fonction en pleine indépendance dans
l'intérêt général de la communauté.
Ils ne sollicitent ni acceptent d'instructions d'aucun gouvernement
ni d'aucun organisme. Ils s'abstiennent de tout acte incompatible
avec le caractère de leur fonction. Pour cela ils
ne peuvent pendant la durée des fonctions exercer
des activités professionnelles rémunérées
ou non. Ils prennent au moment de leur installation l'engagement
solennel de respecter pendant et après la cessation
de leur activité les obligations découlant
de leur charge en particulier les devoirs d'honnêteté
et de délicatesse, quant à l'acceptation après
cette cessation de certaines fonctions ou avantages. Cette
prestation de serment est prévue au règlement
intérieur, adopté à la majorité
qualifiée depuis le Traité de Nice.
b) - Statut
Les
membres ne peuvent être relevés de leur fonction
ni déclarés déchus de leurs droits
à pension ou autres avantages que si la Cour de justice
constate, à la demande de la Cour des comptes, qu'ils
ont cessé de répondre aux conditions requises
ou de satisfaire aux obligations découlant de leur
charge.
Le Conseil fixe les conditions d'emploi, les traitements,
indemnités et pensions du président et des
membres de la Cour de comptes.
Les privilèges et immunité des Communautés
européennes applicables aux juges de la Cour de justice
sont également applicables aux membres de la Cour
des comptes.
II.
- MISSION ET ACTIVITES DE LA COUR DES COMPTES
A.-
MISSION
-
La Cour des comptes a la tâche principale de contrôler
la bonne exécution du budget de l'Union européenne,
dans la double perpective d'en améliorer les résultats
et de rendre compte au citoyen européen de l'utilisation
des deniers publics par les autorités responsables
de la gestion.
Elle assiste le Conseil de l'Union et le Parlement dans
l'exercice de leur fonction en permettant à ce dernier
de donner quitus à la Commission pour l'exécution
du budget.
L'indépendance de la cour des comptes vis à
vis des autres Institutions communautaires et des Etats
membres garantit l'objectivité de ses fonctions de
contrôle. Elle décide librement de l'organisation
et du calendrier de ses travaux de contrôle et de
la publication de ses rapports.
Dans sa mission de contrôle elle veille que les objectifs
de gestion ont été atteints, en appréciant
dans quelle mesure et à quel coût il l'ont
été.
Elle peut contrôler tous organismes ou personnes gérant
ou recevant des fonds communautaires, les administrations
nationales, régionales, locales, mais aussi les bénéficiaires
nationaux d'aides communautaires.
Depuis le Traité de Nice, la Cour des comptes examine
les comptes de la totalité des recettes et dépenses
de la communauté. Elle examine également les
comptes de la totalité des recettes et dépenses
des différents organismes créés par
la communauté dans la mesure où l'acte de
fondation n'exclut pas cet examen.
Compte tenu de l'importance du budget plus ou moins 90 milliards
d'Euros, la Cour des comptes ne peut contrôler sur
un exercice budgétaire, la totalité des opérations
financières communautaires, elle vérifie donc
principalement la stabilité des systèmes de
mise en œuvre des réglementations européennes
aux niveaux communautaire et national en procédant
à des contrôles par sondage.
B.
- ACTIVITES
-
Les auditeurs de la Cour des comptes contrôlent les
pièces justificatives des opérations financières
et peuvent se rendre sur place, auprès des gestionnaires
directs et des bénéficiaires de fonds communautaires.
Les auditeurs sont appelés à faire de très
nombreuses missions de contrôle au siège des
autres institutions, notamment à BRUXELLES, dans
les 15 Etats de l'Union et également dans tous les
pays du monde, bénéficiaires d'une aide communautaire.
La Cour des comptes a accès à toute information
nécessaire à l'accomplissement de sa mission
de contrôle dans les Etats membres qui s'effectue
en liaison avec les services nationaux compétents.
Dans un but de transparence, la Cour émet des avis
et des rapports accompagnés des réponses desdites
Institutions (la procédure étant contradictoire)
et publiés dans le journal officiel de l'Union européenne
depuis le Traité de Nice, notamment :
-
un rapport annuel relatif à l'exécution du
budget de l'Union de l'année précédente.
- une déclaration d'assurance concernant la fiabilité
des comptes ainsi que la légalité et la régularité
des opérations sous-jacentes de l'exercice budgétaire
précédent.
- des rapports annuels spécifiques concernant certains
organismes communautaires (à la majorité des
membres)
- des rapports spécifiques sur des thèmes
d'intérêt particulier
Depuis
le traité de Nice, elle peut créer en son
sein des chambres en vue d'adopter certaines catégories
de rapports ou d'avis, dans les conditions prévues
par son règlement intérieur.
La Cour des comptes est obligatoirement consulter, pour
avis, avant l'adoption de certains projets de réglementation
communautaire à caractère financier.
Les autres Institutions communautaires peuvent aussi la
saisir pour avis. Ces rapports et avis sont, d'une manière
générale, publiés au journal officiel
des communautés européennes dans toutes les
langues communautaires.
Les rapports de contrôle de la cour constituent un
élément important de la procédure de
décharge. Ils sont transmis à l'autorité
budgétaire (Parlement européen et Conseil
de l'Union) qui en tient compte pour décider si la
décharge peut être donnée à la
Commission au titre de la gestion budgétaire d'un
exercice.
Les rapports de la Cour attirent l'attention des Institutions
et du citoyen européen sur des problèmes que
la Commission et les autorités concernées
des Etats membres devraient s'attacher à résoudre.
Ils permettent ainsi une amélioration des systèmes
de gestion et de contrôle et, par conséquent,
une utilisation plus rationnelle des ressources financières
communautaires.
*******
La
création de la Cour des comptes européenne
illustre l'exigence d'une " conscience financière
" c'est l'expression employée par le président
de la Cour de justice européenne M. KUTSCHER pour
la définir.
La Cour des comptes n'a pas de pouvoir juridictionnel propre.
Lorsque les auditeurs de la Cour découvrent des indices
de fraudes, des fraudes ou des irrégularités,
les informations recueillies sont transmises le plus vite
possible aux organes communautaires compétents pour
qu'il y soit donné la suite la plus appropriée,
dans le cadre d'une procédure contradictoire avec
les contrôlés qui justifient de leur gestion.
La Cour en tient compte avant d'adopter les observations.

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